17 ans d’Under My Screen :
ÉDITO 2026

17 ANS… à fleur de Nous

Édito Under My Screen

Dix-sept ans.

L’âge où l’on croit encore que tout est possible. L’âge des passions absolues, des contradictions magnifiques, des enthousiasmes déraisonnables. L’âge où l’on se cherche, où l’on se heurte, où l’on s’aime parfois de travers. Finalement, Under My Screen a l’âge de ses fondateurs…

Cette 17e édition a pourtant quelque chose de différent.

Nous sommes peut-être un peu plus à nu. Un peu moins armés. Plus sensibles, plus vulnérables, plus à fleur de peau. Nous avons vieilli, évidemment. Mais nous avons surtout grandi.

Nous avons appris que les convictions ne suffisent pas toujours à payer les factures. Que les subventions sont parfois aussi insaisissables que les promesses. Que faire vivre un festival est un exercice d’équilibriste, entre rêves démesurés et réalités comptables. Nous avons appris aussi que l’amitié n’abolit ni les désaccords, ni les silences, ni les distances.

Car la vie est centrifuge. Elle nous entraîne ailleurs, nous disperse, nous accapare. Nos trajectoires s’éloignent parfois, nos agendas se remplissent, nos retrouvailles se font plus rares. Il faut désormais davantage d’efforts pour fabriquer du « nous ». Mais ce « nous » résiste.

Il a même quatre visages.

Il y a Florian. Notre chercheur d’or, notre infatigable explorateur des écrans britanniques et irlandais. À force de courir après les pépites, les films invisibles, les inédits et les avant-premières, il a fini par prendre sa mission au pied de la lettre, est devenu un athlète. Florian possède ce talent rare de nous faire croire, chaque année, que la sélection ne pourra pas être meilleure. Et de nous prouver, l’année suivante, que nous avions tort. Il est aussi le plus tendre d’entre nous.

Il y a Jean-Paul. Notre moteur à combustion permanente. Dix-sept ans que nous cherchons son bouton « pause ». Sans succès. Il continue de penser, d’inventer, de provoquer, de bousculer, de vouloir tout et de préférence hier. Mais quelque chose a changé. Son regard s’est approfondi. Son engagement s’est densifié. Il est peut-être moins patient, certainement plus exigeant, mais infiniment plus solide. La vie a donné du poids à ses convictions sans entamer son énergie. Sous l’agitation demeure une fidélité presque farouche à ce qu’il croit juste. Et à ceux qu’il aime.

Il y a Martine. Celle qui organise, prévoit, anticipe, contrôle, vérifie et revérifie. Celle pour qui l’imprévu a longtemps été une anomalie qu’il convenait de corriger. Et voilà que Martine s’est mise à l’improvisation ! Nous hésitons encore entre révolution personnelle et tentative désespérée de survivre à notre fonctionnement collectif. Car Martine ne fait jamais les choses à moitié. Elle est femme de passions entières, d’engagements sans réserve.

Et puis il y a Florence. Le courant d’air de l’équipe. Celle qui a quinze idées à la minute, en perd douze en route, en remet deux au lendemain et parvient, quelquefois, à transformer la dernière en quelque chose d’assez lumineux pour justifier le désordre général. Elle énerve Jean-Paul, agace Martine, amuse Florian. Elle procrastine avec constance, s’éparpille avec talent, promet beaucoup, réalise parfois moins, mais conserve cette conviction obstinée que les idées peuvent encore changer quelque chose. Elle est probablement la moins disciplinée du groupe. Mais elle a quelques fulgurances. Et beaucoup d’amour pour les trois autres.

Quatre tempéraments. Quatre façons d’habiter le monde. Quatre manières de ne pas être tout à fait raisonnables. Nous ne sommes pas devenus plus simples avec le temps. Nous sommes devenus plus vrais.

Nous connaissons désormais nos failles, nos manies, nos susceptibilités. Nous savons où ça coince, où ça déborde, où ça fait mal. Nous savons qu’il est parfois plus difficile de vivre ensemble que de construire ensemble.

Et pourtant. Chaque année, quelque chose nous ramène à la même table, aux mêmes discussions interminables, aux mêmes enthousiasmes déraisonnables.

Le cinéma, bien sûr. Ce cinéma britannique et irlandais que nous aimons pour son audace, son humour noir, son irrévérence, sa mélancolie, sa liberté de ton. Un cinéma qui ne cherche pas toujours à plaire mais qui ne cesse de nous toucher. Qui raconte les êtres dans leurs contradictions, leurs solitudes, leurs élans et leurs maladresses. Un cinéma qui, au fond, nous ressemble.

Mais il y a autre chose.

Il y a le bonheur de la rencontre. Les artistes venus d’ailleurs qui deviennent des amis d’ici. Les conversations qui se prolongent bien après les projections. Les spectateurs fidèles, les nouveaux visages, les regards bouleversés à la sortie d’une salle. Ces instants où un film ouvre une brèche et où, soudain, des inconnus ont quelque chose à partager.

Il y a l’amour des autres.

Et puis il y a notre amitié, imparfaite, parfois chahutée, jamais anodine.

Dix-sept ans après, nous ne cherchons plus tout à fait à prouver que nous savons faire un festival. Nous cherchons à préserver ce qui nous donne encore envie de le faire.

Nous avons moins de certitudes. Peut-être un peu moins d’insouciance. Nous savons que rien n’est acquis, ni les moyens, ni le temps, ni même la possibilité de continuer indéfiniment.

Mais nous avons gagné autre chose : la conscience aiguë de la valeur de ce qui nous unit.

Alors, oui, nous allons encore nous disputer. Jean-Paul va s’impatienter. Martine va vouloir tout cadrer, avant d’essayer de lâcher prise. Florian va dénicher un chef-d’œuvre improbable entre deux entraînements. Florence va annoncer une idée géniale à la dernière minute, en espérant secrètement que quelqu’un d’autre aura le temps de la réaliser.

Et puis les lumières s’éteindront. Le premier film commencera.

Nous serons là. Ensemble. Et nous saurons, une fois de plus, pourquoi nous avons traversé tout cela.

Parce qu’au fond, Under My Screen n’a jamais été seulement une histoire de cinéma.

C’est une histoire d’amour. Avec ses élans, ses fatigues, ses colères, ses retrouvailles. Une histoire qui ne tient pas parce que tout est facile, mais parce qu’aucun de nous ne parvient vraiment à imaginer qu’elle puisse s’arrêter.

Alors nous recommençons.

Again. And again. And again.