XAVIER AFFRE

Professeur et chroniqueur cinéma
Elementary, my dear Watson !

Il y a chez Xavier Affre quelque chose de Sherlock Holmes. Le goût de l’observation, le culte de la logique, une certaine obsession du détail et, reconnaissons-le, quelques manies soigneusement entretenues. Mais là où le célèbre détective de Baker Street traquait les criminels, Xavier traque les chefs-d’œuvre, les pépites oubliées et les films qui mériteraient de ne jamais tomber dans l’oubli (Toute ressemblance avec des faits et des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence, n’est-ce pas Florian ?!) Son arme du crime ? La cinéphilie. Son mobile ? La passion. Ses victimes : les navets ! Son alibi ? Il était au cinéma.

Historien de formation, professeur d’histoire-géographie par vocation, chroniqueur cinéma par passion, Xavier a fait de sa curiosité un métier à plusieurs vies. Des bancs de l’Université de Corse à ceux de l’Université de Provence, des salles de classe aux plateaux de France 3 Corse ViaStella, des micros de radio aux colonnes de MovieRama, il arpente les territoires de l’histoire et du septième art avec la même gourmandise intellectuelle.

Mais Xavier Affre, c’est aussi et surtout Monsieur Cinéma du Lycée Fesch, à Ajaccio. Celui qui, chaque année, embarque dans son sillage une nouvelle génération de spectateurs, les invite à passer de l’autre côté de l’écran et leur apprend à regarder autrement. Avec lui, les élèves ne se contentent pas de voir des films. Ils les dissèquent, les interrogent, en démontent les rouages, explorent l’envers du décor pour mieux en apprécier les contours. Ils découvrent qu’un cadrage n’est jamais innocent, qu’un montage raconte autant qu’un dialogue et que derrière chaque image se cache une intention. Bref, Xavier leur apprend à ne plus seulement consommer des images mais à les lire, à les comprendre et, parfois, à leur résister. Et cette année, Under My Screen a décidé de lui emprunter ses apprentis détectives du septième art pour leur confier une mission bien particulière, le temps du festival : constituer notre tout nouveau jury « Jeune Regard ». Une façon de faire entrer la jeunesse, de lui donner une voix, une place et surtout la liberté de défendre ses propres émotions et convictions.

Le Royaume-Uni idéal de Xavier Affre possède les couleurs de Londres, l’intelligence de Ken Loach et la mélancolie électrique de Joy Division. On y croise Alan Rickman, on y écoute Love Will Tear Us Apart, on s’y perd dans les couloirs d’un château hanté avant de reprendre des forces autour d’un fish and chips. Xavier aime manifestement les atmosphères où le mystère côtoie l’ironie, où les fantômes ont de la conversation et où l’humour britannique vient dynamiter les certitudes.

Car sous ses dehors cartésiens, notre homme cultive un goût très prononcé pour l’absurde. Un château hanté ? Volontiers. Un dîner avec Ken Loach ? Absolument. Mais son fantasme le plus délicieusement britannique serait de se poster à trente centimètres d’un garde royal impassible et de tenter de lui arracher un sourire à coups de répliques des Monty Python. Un garde pétrifié, un Xavier imperturbable et cette phrase lancée avec le plus grand sérieux : « It’s just a flesh wound! » Début de scenario à exploiter …

Ce goût de l’irrévérence révèle sans doute l’essentiel. Xavier admire le flegme britannique mais préfère l’humour lorsqu’il s’agit de fissurer les postures d’autorité. Le professeur connaît les vertus de la discipline, mais aussi les limites du sérieux. Certains élèves lui donnent, paraît-il, davantage de fil à retordre que les intrigues les plus retorses d’Hitchcock. Heureusement, il possède une ressource inépuisable : l’ironie.

Son défaut le plus irlandais ? Une difficulté presque diplomatique à dire non. Ce qui, dans l’univers du cinéma et des festivals, constitue moins un trait de caractère qu’un sport à haut risque. Une projection supplémentaire ? Pourquoi pas. Une chronique de dernière minute ? On peut s’arranger. Un débat qui se prolonge ? Avec plaisir. Il faut dire que Xavier est de ceux qui, installés dans un pub irlandais, pourraient refaire le monde jusqu’à la fermeture.

Et pourtant, derrière cette agitation intellectuelle, son idée du bonheur tient dans une image infiniment paisible : un cottage dans les Cotswolds. Quelques livres, quelques films, une tasse de thé, la campagne anglaise et, pour seule urgence, celle de choisir le prochain chef-d’œuvre à revoir.

Son film britannique de prédilection, Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg, en dit long sur son rapport au cinéma : un goût pour les œuvres troublantes, les récits qui échappent aux évidences, les images qui continuent de nous hanter longtemps après le générique. Xavier n’aime pas seulement les films. Il aime ce qu’ils font à notre intelligence, à notre mémoire, à nos certitudes.

Sa devise ? « Be just, be honest, be true. » Trois exigences qui pourraient aussi bien guider un professeur, un historien, un critique qu’un spectateur. Être juste dans son jugement, honnête dans son regard, fidèle à ce que l’on pense. Et ne jamais confondre une opinion avec une vérité définitive. Trois exigences qu’il transmet désormais à ces jeunes jurés auxquels nous avons confié le droit -et la responsabilité- de regarder le cinéma à leur manière.

Chez Under My Screen, Xavier est notre détective du septième art. Celui qui examine les images, interroge les récits et cherche derrière chaque film ce qu’il dit du monde. Et son conseil aux voyageurs imprudents tient en trois mots : « Mind the Gap. » Attention à l’intervalle. Entre les apparences et la réalité. Entre ce que l’on voit et ce que l’on comprend. Entre le cinéma et la vie.

C’est précisément là que Xavier aime se tenir. Et c’est désormais là qu’il invite ses élèves à prendre place.

Élémentaire, mon cher Affre !