GENEVIÈVE LODOVICI

Membre du jury | Under My Screen, saison 17
The Drama Queen,
beaucoup de bruit,
beaucoup de talent !

Elle a le flegme britannique, le cœur irlandais, l’esprit d’une héroïne shakespearienne et une légère tendance à arriver après le début du film. Mais rassurez-vous, elle ne rate jamais l’essentiel.

Il y a des femmes qui entrent dans une pièce. Et puis il y a celles qui entrent en scène. Notre nouvelle jurée appartient incontestablement à la seconde catégorie.

Imaginez un mélange de Béatrice dans Beaucoup de bruit pour rien, de Mrs Wilkinson dans Billy Elliot et d’une héroïne de Richard Curtis qui aurait décidé de troquer son cottage des Cotswolds contre les montagnes corses. Ajoutez une bonne dose d’humour pince-sans-rire, un goût prononcé pour les bières brunes et cette conviction très britannique qu’une tasse de thé peut résoudre les situations les plus absurdes. Vous obtenez un personnage délicieusement singulier, quelque part entre Shakespeare, Ken Loach et Love Actually.

Mais derrière cette apparente légèreté se cache une femme qui ne plaisante pas avec la culture.

Depuis une dizaine d’années, elle accompagne les artistes, les associations et les projets culturels avec une énergie qui semble ignorer les frontières. Et les frontières, justement, elle aime les traverser. Anglais, italien, portugais, quelques incursions en espagnol et en corse : notre jurée possède suffisamment de langues pour ne jamais manquer de mots. Ce qui, reconnaissons-le, peut être redoutable dans une discussion passionnée sur le cinéma.

À Venaco, elle préside la Fabbrica Culturale Casell’arte, où elle défend une idée qui nous est chère : on peut avoir les pieds solidement plantés dans un village corse et le regard tourné vers le monde entier. La ruralité n’est pas une frontière. Elle peut même devenir un formidable territoire de création, de rencontres et d’audace.

Formée à l’expertise de scénario à la prestigieuse Fémis, elle sait lire entre les lignes, débusquer les faiblesses d’un récit, reconnaître une belle promesse de cinéma. Lectrice et jurée de projets de courts et longs métrages, elle exerce cet art délicat qui consiste à porter un regard exigeant sans jamais éteindre l’élan créatif.

Depuis 2022, elle partage aussi ses passions sur les ondes d’ICI RCFM dans Des livres et du cinéma. Parce qu’un film, pour elle, ne se contente pas d’être vu. Il se raconte, se questionne, se décortique et, parfois, se dispute joyeusement.

Mais notre Drama Queen ne se satisfait pas de regarder les autres jouer.

Comédienne au théâtre comme au cinéma, formée jusqu’au Brésil aux techniques du théâtre-forum, elle connaît l’envers du décor aussi bien que la lumière des projecteurs. Et puisqu’il fallait bien finir par passer de l’autre côté de la caméra, elle développe aujourd’hui un court-métrage de fiction soutenu par la Collectivité de Corse et poursuit l’aventure de son documentaire Caru Carrughju, réalisé avec les Ateliers Varan et présenté en festivals.

Autant dire qu’elle ne risque pas de s’ennuyer. Nous non plus.

Ses goûts cinématographiques dessinent d’ailleurs un délicieux paradoxe. Elle pourrait revoir Coup de foudre à Notting Hill cent fois, perdre toute contenance devant Colin Firth, rêver d’un cottage digne de The Holiday et fondre devant les cartons amoureux de Love Actually. Mais à sa table idéale, ce n’est ni Hugh Grant ni Mr Darcy qu’elle inviterait. C’est Sarah Kane, dramaturge britannique dont l’œuvre radicale explore les zones les plus sombres de l’existence.

Sous le vernis de la comédie romantique, une âme de tragédienne. Et peut-être est-ce là que se trouve toute la vérité du personnage : elle aime les histoires qui font battre le cœur, mais aussi celles qui le mettent à l’épreuve.

Elle se reconnaît dans Béatrice, l’insolente et brillante héroïne de Shakespeare. Même goût de la répartie, même indépendance d’esprit, même talent pour faire de l’ironie une arme de séduction massive.

Son côté punk ? Le retard, qu’elle assume avec une désinvolture presque aristocratique. Sa devise ? « Never explain, never complain ! » Son programme dans un pub irlandais ? Chanter, raconter des histoires, refaire le monde et fermer l’établissement. Le tout dans la même soirée, évidemment.

Et son rêve le plus déraisonnable ? Interpeller Kate Middleton devant Buckingham Palace pour l’entraîner dans une virée shopping…

Pour cette 17e édition d’Under My Screen, elle rejoint notre jury avec ce mélange d’exigence, de fantaisie et de liberté qui fait les beaux regards de cinéma. Elle sait ce qu’est un scénario bien construit, mais elle sait aussi qu’un film peut nous bouleverser pour des raisons qu’aucune grille d’analyse ne saurait expliquer.

Alors, si vous la cherchez entre deux projections, inutile de consulter votre montre. Elle arrivera peut-être en retard, probablement avec une histoire à raconter et certainement avec un avis bien à elle.

Et si la discussion s’éternise, mettez la bouilloire en route.

Car chez elle, beaucoup de bruit ne signifie jamais beaucoup de rien.

Welcome to the jury, Drama Queen !